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Brèves 2006

 

L'attaque du Liban comme répétition générale (ratée) de l'attaque de l'Iran 18/08/2006 La conviction du journaliste américain de renom Seymour Hersh (>>2) est que l'attaque du Hezbollah par Israël devait notamment être une sorte de répétition générale de l'attaque étasunienne en préparation contre l'Iran. Les américano-israéliens ne percevant, dans leur logique manichéenne, le Hezbollah que comme une simple extension des forces armées iraniennes avec les mêmes techniques de combat, le même type de bunkers qu'il faut s'attendre à trouver en Iran etc... Les stratèges du pilonnage aveugle et criminel du Liban, façon "choc et effroi" en Irak, pensaient aussi que plus il y aurait de destructions et de morts, plus il y aurait de déplacés, plus l’opinion public libanaise se retournerait contre le Hezbollah. Un modèle idéal qui, appliqué ensuite à l'Iran, devait sans doute permettre un éventuel renversement de régime de l'intérieur. De defensa.org  estime qu'avec cette lecture des événements, Hersh apporte "une contribution essentielle à l’éclairage et à la compréhension évidente de la signification du conflit. Israël ayant agi comme un “proxy” et Washington ayant manipulé l’action de ce pays contre le Hezbollah, tout cela dans le but de préparer une attaque contre l’Iran". Et même si l'opération israélienne s'est soldée par l'échec total que l'on sait -- avec un Hezbollah qui ressort renforcé et plus soutenu que jamais de la confrontation --, "ce n’est en rien un argument valable pour les esprits échauffés qui tiennent le haut du pavé à Washington", assène de defensa. Et de citer aussi les sombres pronostics d'un Patrick J. Buchanan persuadé que l'équipe Bush poussera sa logique destructrice à son terme: «With our War Party discredited by the failed policies it cheered on in Lebanon and Iraq, there will come a clamor that Bush must “go to the source” of all our difficulty – Iran.»
Le fiasco étasunien au Moyen-Orient est pourtant si énorme, si fabuleux, si abyssal avec un Irak en pleine guerre civile, un Afghanistan ravagé, un Liban désormais dévasté, que l'on cherche à se persuader que, tout de même, les Etats-Unis ne peuvent plus se permettre de s'enfoncer encore, de rompre les dernières amarres qui les lient encore à la "civilisation", considérés qu'ils sont désormais par tous, enfin tous les peuples s'entend, comme le principal fauteur de guerre de la planète. Mais c'est oublier que le déni de réalité est devenu la règle à Washington où les neocons rêvent toujours de leur moment, de la grande conflagration finale qui les remettra sur pied, qui leur donnera enfin raison. Car la psychologie américaniste impose à ses acteurs la fuite en avant comme seul moyen de justifier ce qui a été fait auparavant, sans se remettre en question ni admettre ses erreurs, à plus forte raison ses crimesAvec des conservateurs en passe de perdre leur double majorité en novembre, et qui n'ont pour tout programme que leur pseudo-guerre contre le terrorisme, nous vivons donc à l'évidence des temps où tout devient possible, surtout le pire. Conscient de la menace qui se précise, l’Iran a d'ailleurs décidé de débuter samedi une série de grandes
manœuvres militaires dans tout le pays, censées se poursuivre "pour une durée non-précisée".
L'espoir d'éviter ce pire existe toutefois, tant l'échec de la politique moyen-orientale du cabinet Bush est manifeste
. Jeudi, une vingtaine d’anciens diplomates et militaires étasuniens ont ainsi appelé, dans une lettre ouverte, Doobleyou à entamer immédiatement des négociations avec l’Iran. Une lettre qui vient s’ajouter au concert de critiques d’anciens responsables gouvernementaux, aussi bien républicains que démocrates, sur la stratégie désastreuse de l’administration Bush au Moyen-Orient. Ancien ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU, Richard Holbrooke a déclaré que "les seuls bénéficiaires de ce chaos sont l’Iran, le Hezbollah, Al-Qaïda et le leader chiite irakien Moqtada Sadr." Et d'ajouter: "Cette combinaison d’éléments inflammables pose la plus grande menace pour la stabilité mondiale depuis la crise des missiles à Cuba en 1962".
Jusqu'à Londres,  on commence enfin à s'interroger...
Espoirs donc. 
No comment Extrait verbatim d'une interview entre un journaliste et un jeune porte-parole de l'armée israélienne, diffusée sur une chaîne satellite arabe après la mort de 12 soldats israéliens tués par le Hezbollah le 6 août, au 26e jour de l'attaque du Liban, et dont nous trouvons la trace sur un site égyptien.
- Le journaliste - Comment la mort de ces soldats va-t-elle affecter vos plans?
- Le porte-parole - Vous avez vu ce massacre de 12 Israéliens... Cela va...
- Vous dites massacre? Mais il s'agissait de soldats et c'est la guerre?
-
Non, c'était un massacre parce que les gens qui ont tiré ces missiles ne visaient pas des soldats. Ils visaient des civils israéliens mais ont tué des soldats par accident.
- Mais vous avez aussi commis des massacres à Cana (où 38 civils ont été tués dont 11 enfants) et ailleurs...
- Non, il n'y a pas eu de massacre à Cana. Ce sont des combattants du Hezbollah qui étaient la cible du bombardement mais les civils ont été tués par accident.

- Un temps de tous les dangers 15/08/2006 Israël a donc perdu sa guerre contre le Hezbollah malgré les dévastations et les boucheries perpétrées un mois durant au Pays du Cèdre. Mais l'Etat-major israélien le sait-il? Et, si oui, va-t-il accepter de voir sa capacité dissuasive réduite à néant après sa défaite face à une simple milice? Quant aux commanditaires étasuniens de cette "proxy war", comment ont-ils lu les événements? Eux qui persistent à penser qu'ils ont gagné en Irak malgré le fiasco évident de leur aventure mésopotamienne, ne vont-ils pas finalement estimer, suivant le même raisonnement inversé, que l'opération israélienne est un début de succès et qu'il convient d'encourager l'Etat hébreu à pousser le fer plus loin dans la plaie, histoire de créer les conditions-cadre à une guerre contre l'Iran et la Syrie, la grande guerre finale toujours au programme des néocons (>>1 /// >>2); cela bien sûr après une réévaluation de la stratégie israélienne à l'abri du cessez-le-feu onusien? Autant de questions qui rendent très pessimistes certains observateurs sur la suite des événements, à commencer par Robert Fisk qui va jusqu'à affirmer que la "vraie guerre va commencer" maintenant.
Quant à Doobleyou, il semble toujours dangereusement obsédé par l'Iran et la Syrie qu'il accuse de tous les maux, Téhéran et Damas étant les deux derniers verrous que les néocons rêvent de faire sauter dans leur grand
projet de remodelage à coup de flingue du Moyen-Orient. Lundi soir, il s'est lancé dans une inquiétante diatribe contre l'Iran et la Syrie, affirmant que "le régime iranien fournit au Hezbollah de l’argent, des armes et entraîne les combattants de l’organisation. A quelques jours de l’échéance d’un ultimatum lancé par le Conseil de sécurité à la République islamique pour qu’elle renonce à l'enrichissement d'uranium, Doobleyou s'est empressé de clamer que "l’Iran a signifié clairement qu’il veut la destruction d’Israël. Nous ne pouvons qu’imaginer quels dangers bien plus grands ferait courir ce conflit si l’Iran avait l’arme nucléaire comme il en a la volonté". A l'adresse de Damas, il a déclaré que "la Syrie est un autre Etat à soutenir le Hezbollah. La Syrie permet aux armes iraniennes de traverser son territoire en direction du Liban. La Syrie permet aux dirigeants du Hezbollah d’opérer de Damas et apporte son soutien politique à la cause du Hezbollah."
Même si le pire n'est jamais garanti, rien se semble donc joué malgré le cessez-le-feu onusien. Il faut espérer que l'armée libanaise se déploie le plus vite possible au Sud et que le Hezbollah renonce à en découdre, et désarme, malgré les horreurs infligées par l'Etat hébreu au Pays des Cèdre. C'est le seul moyen de couper l'herbe sous le pied des fous de guerre israélo-étasuniens.

- une cinquième semaine de carnage autorisée 10/08/2006 Encouragé par les atermoiements de la "communauté internationale", l'Etat voyou israélien est sur le point de lancer une vaste offensive terrestre au Liban où il entame une cinquième semaine de carnages et de destructions. Mis en échec par la résistance désormais jugée "héroïque" du Hezbollah, Tel Aviv poursuit dans sa fuite en avant par une escalade verticale des opérations, tapant toujours plus fort, avec toujours moins de discernement, espérant sans doute que le vacarme des bombes et les hurlements des victimes innocentes masqueront l'enlisement d'une armée israélienne qui a perdu tous ses repaires moraux, une armée de coupe-jarrets qui ne respecte aucune des lois élémentaires de la guerre, une armée sans honneur.
Paris s'éveille Et pendant que le sang libanais coule une nouvelle fois à flot, le Conseil de sécurité repousse de loin en loin l'adoption d'une résolution demandant l'arrêt du massacre, paralysé qu'il est par Washington dont le seul objectif est, à l'évidence, de donner le plus de temps possible à son allié israélien pour atteindre les objectifs d'une guerre qu'il lui a sous-traitée.  Mais Paris commence à hausser le ton et menace de proposer son propre texte. Le désaccord entre Paris et Washington porte essentiellement sur les conséquences à tirer de la décision du gouvernement libanais de déployer 15'000 soldats au Liban Sud, ce qui permettrait de mettre immédiatement un terme aux carnages israéliens. La Russie soutient elle aussi ce projet. Le gouvernement français, qui a qualifié cette décision d’"initiative majeure", souhaite que le texte de la résolution en tire "des conséquences concrètes" mais les Etats-Unis temporisent.  Jacques Chirac a déclaré mercredi que renoncer à un "cessez-le-feu immédiat" serait "immoral", et prévenu que la France pourrait déposer sa propre résolution.
De la "perte" du Moyen-Orient au "Big band" des néocons  On ne peut désormais que le constater, le grand remodelage à coups de flingue du Moyen-Orient  commandé par Washington --- c'est-à-dire la création par la force d'un ensemble régional économique soumis à la dictature des marchés et des transcontinentales --- tourne au cauchemar. Après les carnages perpétrés par les "libérateurs" de Doobleyou et du pathétique Tony Blair dans un Irak désormais en proie à la guerre civile; après le feu vert occidental (y compris européen à notre grande honte), donné à Israël pour casser un Gouvernement palestinien du Hamas pourtant élu au terme d'un processus certainement plus démocratique que celui qui a conduit George Bush à la Maison-Blanche; après le laisser-faire, enfin, de la fameuse "communauté internationale" devant les nouveaux massacres d'Israël au Liban, nous voyons bel et bien apparaître un nouveau Moyen-Orient, mais un Moyen-Orient désormais très précisément informé sur la valeur réelle des "valeurs" occidentales, un Moyen-Orient douché donc, refroidi, écœuré. Sans doute l'Histoire retiendra-t-elle ainsi le modèle des années Bush comme l'un des pires exemples d'une politique aboutissant, par maladresse, arrogance, méconnaissance, bêtise, à l'exact opposé de ce qui était escompté. Les historiens auront aussi de quoi disserter sur l'incroyable suivisme d'une certaine Europe, sur son aveuglement qui l'auront poussé à suivre, jusque dans les abysses, un cabinet Bush égaré, coupé de la réalité, enfermé dans sa bulle virtualiste, jouet à la fois des gangsters du lobby militaro-industriel, d'illuminés évangéliques en mal d'apocalypse et des lobbies israéliens.
Lundi,
depuis son ranch de Crawford, le cowboy a même réussi à accuser... la Syrie et l’Iran de semer "le chaos" au Proche-Orient (sic). "La Syrie et l’Iran soutiennent et encouragent les activités du Hezbollah, qui visent toutes à semer le chaos, qui visent toutes à utiliser la terreur pour arrêter la marche des démocraties"... Il faut décidément que le monde marche sur la tête pour considérer encore cet homme là pour autre chose que le dangereux illuminé qu'il est. Car dans cette déclaration transparaît les obscures aspirations des néoconservateurs à un Big bang, à leur guerre finale, selon un état d'esprit que résume très bien de defensa: "Les Américanistes, encalminés dans plusieurs "guerres de 4e génération", impuissants dans diverses crises qu’ils ont aggravées et auxquelles ils ne prêtent guère d’attention, brûlent leurs dernières cartouches. Ce sont celles d’Israël. Il y a toujours la même thèse: la croyance dans un "Big Bang", dans un "tout ou rien", dans un "Moment" qui est aussi une "fenêtre d’opportunité"; la conviction qu’au bout d’une succession de défaites et d’avatars, le dernier coup de dés permettra de tout renverser; bref, la croyance au miracle, bien dans la psychologie qui mène leur étrange raison."

- Crimes de guerre 08/08/2006 Une équipe d'enquêteurs de l'Organisation de défense de droits de l'homme Human Right Watch a parcouru le Liban depuis le début de la guerre. Dans Le Monde du dimanche 6 et lundi 7 août, elle affirme: "Nos conclusions sont très claires: Israël n'établit aucune distinction entre les civils et les objectifs militaires. C'est une violation grave des lois de la guerre." En parlant du massacre de Cana, ou 28 personnes ont été tuées et 13 autres portées disparues après le bombardement de leur immeuble, Human Right Watch raconte: "Les Israéliens ont d'abord dit que les combattants du Hezbollah étaient à l'intérieur du bâtiment et que des roquettes ont été tirées. Puis qu'il y avait eu une erreur de tir de 300 mètres. Puis ils ont renoncé à ces explications dans leur déclaration finale. Pourquoi? Parce-qu'ils mentaient dès le début comme ils le font toujours (...). Nous avons sillonné le village [de Cana]. Il n'y avait strictement rien [qui prouvait que des missiles ont été tirés]. Cana n'est qu'un exemple parmi plusieurs autres de tirs sur des maisons abritant des familles, dont certaines ont été décimées." Human Right Watch affirme aussi détenir des preuves d'utilisation, par l'Etat hébreu, de bombes à fragmentations, notamment "dans le village frontalier de Blida". Et de conclure en disant: "Presque toutes les victimes ont été tuées par des bombes de précision que les Etats-Unis continuent de fournir à Israël".
Nouveau bras de fer franco-américain en vue? La première mouture du projet de résolution de l'ONU, dit franco-libanais, vaut son pesant de petits massacres. Ainsi, s'il demande "un arrêt complet des hostilités", il exige surtout du Hezbollah de cesser "toute attaque" et  ne demande, à Israël, que de renoncer aux attaques "offensives". Une formule qui n’interdit donc pas à l’armée israélienne de mener toutes les opérations qu'elle voudra pour peu qu'elle les qualifie de "défensives", selon sa propre appréciation bien sûr. Autres exemples: le projet de résolution ne fixe pas de calendrier pour le retrait des troupes israéliennes qui occupent à nouveau le Liban Sud et, en ce qui concerne le problème des prisonniers, le texte demande la "libération inconditionnelle" des deux soldats israéliens capturés par le Hezbollah, mais se contente d’encourager les efforts "visant à régler la question" des prisonniers libanais détenus par l’Etat hébreu. Le déséquilibre du texte est si énorme, si fabuleux, qu'on le croirait dicté par l'Etat hébreu lui-même. C'est presque vrai tant on y reconnaît la patte de Washington dans son soutien inconditionnel à Tel Aviv, à plus forte raison pour une guerre dont nombre d'observateurs estiment aujourd'hui qu'elle a tout bonnement été sous-traitée à Israël par le cabinet Bush (lire ci-contre: Hyptohèses de guerre).
Reste que la France fait là son come back diplomatique. Ami historique du Liban, Paris a, dit-on, bataillé ferme des semaines durant pour modérer un texte dont on ose à peine imaginer la formule initiale voulue par les Etats-Unis et Israël. Et le bras de fer n'est pas terminé. D'aucuns y voient déjà les prémices d'un nouvel affrontement diplomatique transatlantique. A suivre donc...
A ce jour, au moins 938 civils ont été massacrés par l'armée israélienne au Liban, dont 30% d’enfants de moins de 12 ans, ainsi que 30 militaires et gendarmes. S’y ajoutent 53 combattants du Hezbollah. Il y a 3400 blessés. Du côté de l'agresseur israélien, 36 civils ont été tués par les roquettes du Hezbollah sur le nord d’Israël depuis le 12 juillet et 59 militaires israéliens ont été tués.

- MiSe en échec par le Hezbollah, Israël choisit la fuite en avant 04/08/2006 C'est un fait militaire indéniable, l'armée israélienne est incapable ni de briser la résistance du Hezbollah ni de contenir ses ripostes. Alors que les civils libanais périssaient hier écrasés par les nouveaux bombardements de l'Etat hébreu, le Hezbollah a riposté avec le tir de quelques 130 roquettes en une heure, tuant lui aussi des civils Israéliens. La réponse envisagée par Tel Aviv pour masquer son enlisement naissant au Pays du Cèdre: encore plus de bombardements sur Beyrouth, où la zone de frappe des bombardiers israéliens vient d'être étendue à trois quartiers supplémentaires, et une probable occupation du Liban Sud jusqu'au fleuve Litani.
Au plan politique, le chef du Courant patriotique libre, le général Michel Aoun, a martelé qu'il "ne voulait pas de forces étrangères au Liban", à propos des projets d'envoi d'une force internationale d'interposition au Liban Sud. "Cette force ne stabilisera rien du tout. Elle va au contraire déclencher une nouvelle guerre. Ce sera une force d’occupation pour faire la guerre au Hezbollah et pour assurer la sécurité d’Israël". Michel Aoun estime aussi qu’un "cessez-le-feu suffit. Nous pouvons garantir son respect. Il faut que les Israéliens acceptent un processus de négociations". Le chef du Courant patriotique libre réclame "la création d’un tribunal international qui jugera les responsables israéliens des crimes de guerre commis contre ces centaines de Libanais morts sous leurs bombes".
Un mot aussi sur la tactique militaire israélienne. Sans présumer des buts réels de l'Etat hébreu dans cette nouvelle équipée sanglante (lire ci-dessous: Hypothèses de guerre), on peut constater que le déroulement de l'offensive israélienne au Liban semble calquée sur le modèle américain en Irak: une débauche de technologie d'abord mise au service de frappes aériennes et d'artillerie massives (selon la technique dite "choc et effroi" du Pentagone), et une assez inattendue, il faut le dire, incompétence au sol. L'armée israélienne paraît s'être, en quelque-sorte, "américanisée", avec les conséquences que l'on sait et que l'on voit en terme de destructions et de massacres de civils. Et même au plan de la réflexion stratégique, des similitudes apparaissent. Alors que les Etats-Unis espéraient que l'invasion de l'Irak leur permettrait d'attirer un nombre qu'ils imaginaient limités de "terroristes", qu'ils auraient alors eu tout le loisir d'éliminer en fixant le combat hors des frontières nationales, Israël semble faire le même calcul en espérant créer une zone de guerre "extérieure" où les combattants du Hezbollah viendraient rapidement mourir jusqu'au dernier. Malgré l'effarante disproportion des forces en présence, on en vient tout de même à se demander, les mêmes causes produisant les mêmes effets, si le Liban Sud ne va pas devenir le bourbier de l'Etat hébreu. Mais à quel prix pour les Libanais!

toutes les vérités sont bonnes à dire Le 31 juillet dernier, le forum internet du Nouvel Obs consacré au Proche-Orient était animé par Paul Blanc, ambassadeur de France au Liban entre 1986 et 1988.
Voici quelques échanges arbitrairement sélectionnés avec des internautes:
- Israël ne devrait-elle pas être jugée au tribunal pénal international en regard de ses agissements vis à vis des peuples Palestiniens et Libanais?
- Il faut reconnaître que détruire un pays avec la volonté apparente de le faire disparaître de l’économie régionale, écraser sous les bombes des centaines de civils n’ayant aucun rapport avec la guerre, se comporter comme si la défense de la sécurité des citoyens passait avant la survie des peuples de la région ne fait pas honneur aux hommes qui ont perpétré ces actions, qu’ils soient les dirigeants ou les éxécutants. Sans doute, Isrëel n’a pas compris que la domination militaire totale sur la région du Proche-Orient qu’elle a acquise lui donnait un devoir de maîtrise de soi et de respect des obligations humanitaires, plutôt que de rendre encore plus difficile une négociation politique par une répression brutale, aveugle et inconsidérée.
- Pourquoi israël se permet en toute impunité le terrorisme d’Etat sous prétexte de sa sécurité... pour les autres, revendiquer des droits à un Etat, c’est du terrorisme!!!!
- Vous posez là la question majeure que devraient se poser les dirigeants d’Israël. Je résume très vite : Israël est né menacé d’être jeté à la mer et a tenu bon, après sa victoire de 1967. Il a pendant 24h en 1973 pu croire qu’il serait détruit par les attaques de ses voisins. Il a gagné et peu à peu est devenu de très loin la principale force du Proche-Orient. Toujours obsédé par sa défense et sa survie alors que personne n’était en mesure de l’ébranler il aurait dû changer d’attitude et, comme tous les plus forts, garder son sang froid. Au contraire il vient de donner la démonstration qu’il se croit toujours autorisé à tout faire même à tuer des enfants et des femmes ou à détruire un pays voisin pour assurer sa protection. Le meilleur service que peuvent lui rendre ses amis c’est de l’inviter à une conversion: quand on est le plus fort on se maîtrise et on respecte les principes humanitaires.
- La mansuétude et pour tout dire la lâcheté des pays occidentaux envers Israël est sans limites. Certes les pays européens portent encore la croix de la Shoah. Mais en raison de ce passé on accepte d’Israël à peu près tout y compris les actes barbares perpétrés aujourd’hui contre tout un peuple. Quand comprendra-t-on que dénoncer les crimes d’Israel ce n’est pas être antisémite!
- Il est exact que le comportement des descendants des victimes du plus grand crime raçiste de l’histoire seront jugés plus sévérement encore que d’autres quand ils commettent de sang froid les pires brutalités car ils insultent indirectement à la mémoire de leurs parents.

- Offensive terrestre en préparation 01/08/2006 Le pire est sur le point de survenir au Liban. La bride laissée sur le cou par la fameuse communauté internationale, l'Etat hébreu prépare une nouvelle invasion terrestre du Pays du Cèdre. Selon Radio Israël, trois divisions supplémentaires, soit près de 15'000 hommes, vont être mobilisées pour l'occasion. Objectif officiel: repousser le Hezbollah à 20km de la frontière israélienne. On l'a compris, la trêve aérienne décrétée Israël après le massacre de Cana, où 54 civils dont 37 enfants ont été tués, aura donc surtout permis un exode de population du Liban Sud bien utile à la vaste opération terrestre désormais prévue. Des milliers de Libanais ont en effet profité de l'accalmie pour fuir une région pilonnée depuis trois semaines par Israël.

- boucheries et objectifs multiples 30/07/2006 Une fois de plus, une fois encore au Liban, la barbarie israélienne a repoussé les limites de l'horreur. 54 civils ont été tués dans un bombardement à Cana, dont 37 enfants. La fameuse communauté internationale se prétend "horrifiée" et les prochains jours diront s'il ne s'agit-là que d'une gesticulation de plus. Quant au numéro trois de la diplomatie américaine, Nicholas Burns, il s'est empressé d'estimer que la tuerie de Cana "ne constituait pas un crime de guerre". Le premier ministre israélien, Ehud Olmert, s'est alors lui aussi empressé... d'exiger à son partenaire étasunien 12 à 14 jours de champs-libre supplémentaires pour achever cet effarant jeu de massacre et de destruction. Et qu'importe si, sur plus de 600 victimes des frappes de l'Etat hébreu depuis le 12 juillet, au moins 500 sont des civils innocents, chiffre qui ne tient évidemment pas compte de tous les morts enterrés dans leurs abris par les bombes israéliennes et que l'on ne découvrira qu'à la fin des "opérations".
C'est que les objectifs d'Israël sont légion:
- Désarmer par la force le Hezbollah pour faire cesser ses attaques est l'objectif affiché bien sûr. 
- Déstabilisation politique du Liban Mais le cantonner au statut de milice combattante est aussi un objectif israélien au moment où le retour amorcé du Parti de dieu dans le jeu politique libanais venait de connaître une étape spectaculaire avec la signature, en février dernier,  d'un «document d’entente» avec la formation aouniste, principale force de l'opposition. Un bémol tout de même à ce stade pour constater qu'au Liban, même si l'aventurisme militaire du Hezbollah reste critiqué, son taux de popularité est en train d'exploser au vu de la résistance considérée comme héroïque de ses combattants. Et quelle que soit l'issue l'issue de la confrontation, son poids politique au Liban n'en sortira que renforcé. C'est là, peut-être, une première erreur tactique de l'Etat hébreu dans son équipée sanglante.
- Guerre économique contre le Liban Parallèlement, certaines, la plupart en fait des cibles choisies par Israël -- ponts, routes, aéroport, infrastructures dans tout le pays --  n'ont que peu à voir avec le Hezbollah. C'est le Liban en tant qu'Etat que l'on vise ici, que l'on cherche à renvoyer à l'âge de la pierre, histoire de l'occuper à 15 ans de reconstructions supplémentaires. A l'heure actuelle, les dommages causés au Liban sont estimés à 750 millions d'euros par les économistes. 80% des routes principales ont été détruites. Il faut dire qu'un Liban en paix, reconstruit, stabilisé politiquement, fort et capable de rejouer son rôle séculaire de pont entre l'Occident et l'Orient est apparemment perçu comme une menace pour l'économie d'Israël.
- La tentation iranienne Enfin, comme nous l'avons dit dans une précédente brève, les boucheries perpétrées par Israël dans les Territoires palestiniens et au Liban font écho à celles perpétrées par les Etasuniens en Afghanistan et en Irak dans le cadre de leur grand dessein de remodelage du Moyen-Orient. L'appareil militaire israélien paraissant agir  ici comme une simple extension de celui de la Maison-Blanche pour frapper à un niveau plus local. Mais avec le risque de voir L'Etat hébreu jouer les alliés en rupture de ban et bombarder l'Iran, prétextant son soutien au Hezbollah. L'objectif  d'une telle opération étant, pour Israël, de compenser l'échec des Etats-Unis à enrôler le Conseil de Sécurité dans une ratonnade contre Téhéran. Ce serait bien sûr le scénario du pire, heureusement improbable tant la folie de l'équipée saute aux yeux. Mais au vu de ce à quoi l'on assiste et des alliances qui dominent l'échiquier, difficile d'écarter totalement l'hypothèse. 
- Aux dernières nouvelles, Israël a annoncé la suspension pour 48 heures des pilonnages aériens suite à l'émotion suscitée par le carnage de Cana, avec la promesse toutefois de reprendre l'offensive après ce délai. Pause dont Israël tire au passage un avantage non négligeable pour son projet de création d'une zone tampon de deux kilomètres à l'intérieur du Sud Liban. En effet, la première conséquence de cette trêve aérienne a été un exode des populations de cette région vers Beyrouth.

- Feu vert anglo-saxon à l'Etat-voyou israélien 28/07/2006 Au moins 406 morts, dont 340 civils! Tel est le monstrueux bilan des sanglantes opérations israéliennes sur le Liban depuis le 12 juillet dernier. L’Unicef juge de son côté «catastrophique» la situation dans le pays du Cèdre où près de 500'000 personnes ont été contraintes de prendre les routes de l’exode pour fuir les massacres perpétrés par l'armée israélienne. Malgré cela, les Etasuniens et leur caniche britannique n'en ont pas moins bloqué toute exigence de cessez-le-feu immédiat lors de la Conférence de Rome qui s'est dès lors bornée à annoncer qu'elle allait... "œuvrer en partenariat avec la communauté internationale pour apporter une aide humanitaire immédiate au peuple libanais". La plupart des autres pays à la conférence (Canada, Egypte, Allemagne, Chypre, la Grèce, Jordanie, Russie, Arabie Saoudite, Espagne et Turquie) demandaient en effet comme préalable l'arrêt des opérations militaires israéliennes. Bien évidemment, l'Etat hébreu a considéré qu'il s'agissait là d'un blanc seing et a officiellement annoncé qu'il allait intensifier ses carnages au Liban.
Et dire qu'il suffirait d'un embargo européen d'une semaine pour faire cesser ces tueries. Vous avez dit Europe?

- De BagDad à Beyrouth. jusqu'à téhéran? 27/07/2006 L'offensive lancée par Israël contre le Liban n'est évidemment pas une simple réaction défensive à l'enlèvement de deux soldats de Tsahal sur le territoire libanais par les miliciens du Hezbollah, le 12 juillet dernier, en vue d'un échange de prisonniers. En fait, les plans d'attaque de l'Etat hébreu étaient prêts et le casus belli attendu, espéré. C'est que, parallèlement aux massacres perpétrés à Gaza et en Cisjordanie depuis des semaines pour briser le Hamas et la résistance palestinienne, l'Etat hébreu a décidé d'ouvrir un deuxième front avec le Liban pour en finir avec le Hezbollah. L'objectif israélien étant la capitulation pure et simple de ses adversaires pour imposer sa "paix" sans jamais avoir à la négocier.
Israël veut sans doute tirer aussi un maximum d'avantages de l'appui inconditionnel que le cabinet Doobleyou lui offre depuis son investiture frauduleuse en 2001. Et le couple américano-israélien fonctionne si bien depuis lors que l'on pourrait même voir, dans les boucheries perpétrées par Israël dans les Territoires palestiniens et au Liban, une sorte de prolongement de celles perpétrées par les Etasuniens en Afghanistan et en Irak pour servir leur grand dessein de remodelage du Moyen-Orient . L'appareil militaire israélien devenant ici une simple extension de celui de la Maison-Blanche pour agir à un niveau plus local.
Reste à savoir jusqu'où ira cette escalade. Car alors que les Etats-Unis ont échoué à convaincre leurs partenaires du Conseil de Sécurité de faire plier l'Iran par la force, et que l'Etat hébreu accuse les mollahs de soutenir le Hezbollah, Israël pourrait être tenté de jouer les alliés en rupture de ban en lançant des frappes sur l'Iran d'ailleurs déjà planifiées. Un scénario certes catastrophe mais ce ne sont pas, pour l'heure en tout cas, les gesticulations de la fameuse "communauté internationale" qui lui feraient obstacle.
Un mot encore sur les incroyables destructions des infrastructures libanaises par Israël, qui sont autant de crimes de guerre qui ne trouvent qu'une explication rationnelle: la volonté de l'Etat hébreu de profiter de la situation, avec un cynisme effarant, pour renvoyer le Liban à l'âge de pierre et se maintenir comme principale pôle économique régional.
>> Réthorique et dialectique

  La peur d'un consensus palestinien fait perdre ses nerfs à Israël 30/06/2006 (brève remaniée le 5 juin) L'Etat hébreu a apparemment perdu tout sens de la mesure. Apparemment seulement. Sous prétexte de vouloir récupérer un de ses soldats enlevé dimanche, il a lancé mardi une guerre contre les détenus palestiniens de la plus grande prison à ciel ouvert du monde, la bande de Gaza. Des centaines de chars, de pièces d'artillerie, d'avions de combat higt-tech et 7000 hommes ont été mobilisés. La première cible a été civile: une usine électrique. Ce qui a eu pour conséquence de priver la population palestinienne d'électricité et donc d'eau, ce qui est une violation flagrante du droit humanitaire. Des biens de première nécessité tels que la nourriture, les médicaments et le carburant sont interdit d’accès à Gaza, ce qui est une deuxième violation du droit humanitaire. Enfin, huit  ministres du gouvernement élu démocratiquement et dirigé par le Hamas ont été kidnappés, ainsi que des dizaines d’élus et maires du Hamas, en tout 64 personnes.
L'incroyable disproportion des moyens engagés au regard de l'objectif à atteindre laisserait de prime abord perplexe. Mais derrière ce spectaculaire écran de fumée, une nouvelle passe aujourd'hui presque inaperçue, nouvelle qui donne pourtant tout son sens à l'effarante offensive israélienne. Le ministère israélien des Affaires étrangères a en effet catégoriquement rejeté le document palestinien d’"entente nationale" (dit "plan des prisonniers palestiniens") que vient pourtant de signer le mouvement Hamas, ce dernier reconnaissant implicitement par là l'existence de l'Etat hébreu. Événement majeur s'il en est, et qui répondait à l'une des principales exigences de la fameuse communauté internationale envers le Hamas. Mais un tel plan, une telle unité palestinienne autour d'objectifs politiques communs fait clairement peur à Israël qui veut poursuivre sur la voie de l'unilatéralisme , de devoir faire des concessions. maintenir le statu-quo et de ce qui pourrait ressembler, de près ou de loin, à une appareil d'Etat palestinien. En cela, la lutte déclarée contre le gouvernement du Hamas n'est que la simple remise au goût du jour de la sempiternelle rengaine du "il n'y a personne en face pour négocier" servie jusqu'à la nausée par Sharon déjà. L'objectif d'Israël est, aujourd'hui comme hier, la capitulation pure et simple de la résistance palestinienne et l'acceptation, par le peuple palestinien, d'un Etat-croupion, un bantoustan dont les frontières auront été dessinées par le seul Etat hébreu.
De son côté, la communauté internationale reste silencieuse après avoir timidement désapprouvé le lancement de cette nouvelle offensive.
Elle a décidé depuis longtemps, par commodité, de considérer dans cette affaire que le bourreau était la victime, et la victime le bourreau, se bornant à inviter l'Etat hébreu à la "retenue", tout en exigeant des activistes palestiniens la fin de la lutte armée. Le terrorisme de certains groupes palestiniens lui paraissant apparemment comme le seul condamnable, le terrorisme d'Etat israélien relevant toujours de la bavure ou du dommage collatéral.
L'Histoire jugera. Peut-être.

- Terrorisme d'Etat, épisode II 15/05/2006 Vendredi 9 mai dernier, un obus attribué à l'armée israélienne s'abattait sur la plage al-Soudania, dans la bande de Gaza, et tuait le couple Ghâli et ses trois enfants de 18 mois, 3 et 10 ans. En tout, huit civils étaient tués et une quarantaine d'autres blessés. Le lendemain, Israël annonçait une enquête pour éclaircir les circonstances de ce nouveau carnage, affirmant dès le mardi suivant que non, l'Etat hébreu n'avait rien à voir avec ce massacre. Une tuerie survenue le jour même de l'annonce par le président palestinien du lancement d'un référendum aux allures de plan palestinien pour un règlement du conflit. (Notons que ce plan de sortie de crise élaboré par des responsables de nombreux groupes d'activistes détenus en Israël, dont Marwan Barghouti, dérange certes le Hamas, puisqu'il comporte une reconnaissance implicite de l'Etat hébreu, mais inquiète aussi Israël, qui ne veut certainement pas voir certaines exigences palestiniennes -- comme le retour aux frontières de 1967, une capitale à Jérusalem-Est ou le droit au retour des réfugiés -- légitimées par les urnes). 
Mardi donc, le porte-parole du gouvernement israélien a été jusqu'à accuser (sur Euronews) le Hamas d'avoir lui-même "cyniquement" provoqué la mort de ces civils. La thèse israélienne? La commission d’enquête dirigée par le général Méir Klifi affirme avoir la quasi-certitude que l’explosion a été provoquée par une mine enterrée ou une charge placée dans le sable par le Hamas islamique, et non par un bombardement. Elle affirme que ni l’aviation ni la marine n’ont ouvert le feu au moment du drame. Elle reconnaît par contre que l’artillerie, positionnée à environ 1 km, a de son côté tiré six obus au nord de cette zone peu auparavant, officiellement pour empêcher des tirs de roquettes. Le hic, c'est que seuls les impacts de cinq d’entre-eux ont été repérés par radars à 250 mètres de la plage. Et que la trajectoire d’un 6e obus... n’a pu être établie. La commission affirme cependant qu'une erreur erreur de tir est exclue.
Sauf que comme l'atteste un analyste de l'organisation américaine Human Rights Watch, Marc Garlasco, ancien conseiller au Pentagone, la plupart des Palestiniens tués ou blessés par cette explosion ont été touchés au torse ou à la tête. Or, des mines ou charges enterrées ont pour premier effet d'arracher les jambes de ceux qui les déclenchent. Même Kofi Annan a finalement trouvé l'explication israélienne "bizarre".
Quant à l'impossibilité avancée d'une erreur de tir de Tsahal, l'argument a du mal à faire mouche alors que, le jour même des dénégations d'Israël, un missile israélien ratait sa cible à Gaza et tuait neuf civils palestiniens de plus, dont deux enfants.
Enfin, quel crédit apporter à une enquête diligentée, sur l'une de ses possibles "bavure", par une armée qui, en 39 ans d'occupation et autant de purification ethnique, a multiplié les crimes de guerre dans les territoires palestiniens, assassinant, déportant, laissant des femmes enceintes accoucher à ses check-point, humiliant jusqu'à la nausée, acceptant même, selon certains, le meurtre d'enfants pour respecter d'improbables ratios ( >>1  /// >>2  ///  >>3). Quel crédit?

- TERRORISME D'ETAT 10/06/2006 (texte écrit à l'annonce de la nouvelle comme un bombardement de la marine israélienne) Sur la paisible plage d'al-Soudania, lieu de détente préféré des réfugiés palestiniens du Camp de Chati, les époux Ghâli et leurs trois enfants de 18 mois, 3 ans et 10 ans savourent un peu de bonheur. L'un de ces rares moments d'évasion où l'on essaie d'oublier l'oppresseur israélien, ses assassinats, les privations de l'occupation et ses humiliations. Il fait chaud, ce vendredi, le soleil brille et la brise du large, chargée de iode, rafraîchit un peu les visages, les corps. Dans les  mains des enfants, le sable doux glisse en scintillant.
A quelques kilomètres de là, sur un navire de guerre israélien, un officier de la marine lève un sourcil en identifiant sa cible. Mais l'homme fait avec sa guerre depuis longtemps, habilité qu'il est à tuer par son appartenance à une armée officiellement reconnue par la communauté internationale. Il se sent du bon côté, l'officier.
Alors les calculs sont faits, les canons ajustés. La cible est acquise.
Une sorte de déchirement fige un instant la paisible plage d'al-Soudania.
Abou Ghâli hurle. Ses enfants le regardent.
Les canons israéliens font leur rouge labeur.
La famille Ghâli disparaît dans un éclat rouge. Les corps sont déchiquetés, les visages broyés. Il y a sept morts et 35 blessés en tout dont de nombreux enfants. Tous des civils.
Il y aussi un peuple qui hurle.
Israël s'est excusée pour la bavure, rejetant la responsabilité de la violence sur les groupes d'activistes qui tirent des roquettes depuis Gaza. Il est vrai que les Palestiniens sont l'un des rares peuples occupés à qui la communauté internationale interdit de se défendre.
Bush a déploré l'incident, mais redit qu'Israël avait le droit de se défendre. Lui.
La communauté internationale a condamné aussi et va gesticuler quelques heures, jours peut-être.

Un peu plus tôt dans la journée, trois Palestiniens d'une même famille avaient été tués dans leur voiture par un missile israélien à Beit Lahya, alors qu'ils emmenaient un activiste blessé dans un premier raid à l'hôpital.
Quelques heures avant ces carnages, Abou Mazen, en plein bras de fer avec le Hamas, annonçait la tenue d'un référendum inédit, dont le contenu a toutes les allures du premier plan palestinien pour un règlement du conflit. Les exigences palestiniennes légitimées par les urnes? De quoi faire peur à certains peut-être.
Samedi, le Hamas a revendiqué le tir d'une quinzaine de roquettes en direction d'Israël.
C'est la fin de la trêve et la poursuite d'un chaos somme toute si commode.

- Lâcheté européenne et enfer palestinien 4/05/3006 La scandaleuse punition collective infligée au peuple palestinien par les élites occidentales bien pensantes en raison de son choix démocratique fait enfin quelques vagues. Enfin! Après le gel américain puis européen des aides directes à l'Autorité palestinienne menacée de banqueroute donc, l'émissaire du Quartette pour le Proche-Orient (Etats-Unis, ONU, UE et Russie), James Wolfensohn, a finalement claqué la porte au 30 avril dernier, officiellement en raison de dissension au sein du quartette quant à son rôle après l'arrivée au pouvoir du Hamas. Lundi 1er mai dernier, il a toutefois affirmé: «Il m'étonnerait que quelqu'un sorte gagnant de la fin de la scolarisation des enfants ou d'une famine palestinienne. Et je ne crois pas que des membres du Quartette pensent que cela puisse constituer une politique viable.» Manifestement, ça dépend pour qui... Quelques jours avant, dans Libération, le directeur général de Médecins sans frontières, Pierre Salignon, avait déclaré que «cette décision (de geler les aides) faisait le lit de tous les extrémismes», dénonçant une «dégradation continue» de la situation sanitaire ces derniers mois dans les territoires palestiniens.
La diplomatie européenne aura donc touché le fond. Dans une dramatique et pitoyable politique du caniche que l'on croyait l'apanage du seul Tony Blair, c'est toute l'élite européenne qui s'est en effet rangée ici derrière les positions pro-israéliennes des Etats-Unis sur le dossier proche-oriental. Le commentaire du ministre néerlandais des Affaires étrangères, Ben Bot, fera par ailleurs date en matière de cynisme et de mépris des plus élémentaires principes démocratiques: "Les Palestiniens ont choisi ce gouvernement, alors ils devront en supporter les conséquences." Par ce commentaire inqualifiable, le ministre européen aura confirmé, si des doutes pouvaient encore subsister, qu'il s'agissait bien alors pour l'UE de punir le peuple palestinien pour son choix politique. Le message est limpide: une démocratie n'est respectable que dans la mesure où le choix des peuples obéit aux désirs de la fameuse "communauté internationale", c'est à dire aux Etasuniens et à leurs vassaux. Question crédibilité, ça se pose un peu là!
Enfin, dans cette affaire, l'alignement européen n'est pas seulement une faute politique gravissime de nos élites, mais aussi une faute morale. Car que dire de ce paradoxe effarant qui veut que les leaders du soit-disant monde libre s'allient désormais pour oppresser encore un peu plus, pour saigner encore davantage un peuple palestinien déjà martyrisé par 39 ans d'une monstrueuse oppression israélienne. Les conséquences politiques d'un tel alignement sont encore difficilement mesurables. Mais, incontestablement, aux yeux des masses du plateau arabo-musulman et au-delà d'ailleurs, les Européens ont rejoint le camp des oppresseurs là où l'Union avait toujours su faire valoir sa différence.