| «Israël, c'est le peuple
de Dieu»
Interview de Christian Waber, conseiller national bernois de l'UDF, qui soutient les promoteurs de la pétition. Qu'allez-vous dire à Joseph Deiss ?
La droite chrétienne affûte ses armes
aux Etats-Unis |
Des chrétiens fondamentalistes suisses
font pression sur le gouvernement en faveur d'Israël
En Suisse comme aux Etats-Unis, des courants protestants fondamentalistes se mobilisent en faveur d'Israël.
ANNE KAUFFMANN (24heures du 26/09/2002)
«Nous, chrétiens, sommes avec Israël.» C'est ce que proclamait une
grande banderole dans le cortège qui a parcouru Jérusalem, mardi, à
l'occasion de la fête juive de Soucot, qui commémore la marche des Hébreux
dans le désert vers la Terre promise. 2500 chrétiens de la mouvance évangélique,
venus de 70 pays, participaient à cette manifestation annuelle organisée
maintenant depuis 23 ans. Deux jours auparavant, ils avaient ovationné Ariel
Sharon venu prononcer un discours à leur assemblée. Ce matin, à Berne, c'est
un même message de soutien résolu qu'une délégation de groupements évangéliques
pro-israéliens de Suisse va transmettre à Josef Deiss, en lui remettant une pétition
munie de 6239 signatures, recueillies pour la plupart en Suisse alémanique.
D'ordinaire, à Berne, la règle est stricte: le chef du Département fédéral
des affaires étrangères (DFAE) ne reçoit pas les promoteurs des pétitions
qui lui sont adressées. «Il s'agit ici d'une exception, reconnaît
Ruedi Christen, le chef du service d'information du DFAE. En Suisse,
le dossier du Proche-Orient suscite de grandes discussions, parfois même des
tensions, et M. Deiss tient à s'entretenir avec tous les acteurs de ce débat.»
Une attitude que salue Christian Waber, le seul élu de la très chrétienne
Union démocratique fédérale (UDF) sous la Coupole, qui doit participer avec
les promoteurs de la pétition à l'entretien de ce matin (lire ci-dessous).
«La malédiction de dieu»
Lancée en avril dernier, la pétition soutenue par vingt organisations issues
de la mouvance évangélique alémanique stigmatise la politique «anti-israélienne
et pro-palestinienne» de la Confédération. Entre autres reproches, les
signataires de l'«Appel à tous les chrétiens de Suisse» affirment que les fréquents
appels de la diplomatie helvétique à un arrêt de la violence par les deux
parties ne tiennent pas compte du fait que le climat de terreur a été initié
«par la violence palestinienne arabe». Le texte se conclut sur des
accents apocalyptiques: «Notre conscience nous oblige à faire cette déclaration
afin que nous ne subissions pas le jugement et la malédiction que Dieu réserve
à tous les ennemis d'Israël.»
«Il est clair que notre attitude est guidée par la Bible, explique
Markus Ernst, qui est un des promoteurs de l'«Appel». Mais je ne pense pas
que nous allons argumenter religieusement avec Josef Deiss. Nous nous en
tiendrons aux faits et ceux-ci démontrent une attitude partiale de notre
gouvernement. Nous estimons également qu'en Suisse, l'information par les médias
n'est pas objective.»
La fin des temps
A Schaffhouse, Markus Ernst milite pour le fonds de soutien Ebenezer, une
organisation qui a son siège aux Etats-Unis et qui soutient financièrement le
voyage des juifs de l'ancienne Europe de l'Est vers Israël.
A l'instar de la plupart des fondamentalistes protestants, Markus Ernst voit, en
effet, dans le retour des juifs en Terre sainte un signe annonciateur du retour
de Jésus et de la fin des temps annoncés par la Bible (24heures du 5 juillet):
«C'est une question de croyance, nous ne voulons pas imposer notre point de
vue. Mais il faut quand même constater que tous ceux qui se sont dressés
contre Israël ont été punis par Dieu. Voyez ce qui est arrivé à l'Empire
britannique après qu'il eut commencé à soutenir les Arabes contre les juifs,
souvenez-vous de l'effondrement de l'Empire romain... »
Réserves
A la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (FEPS) , on se montre très
réservé face à cette montée au créneau des évangélistes. Alors que ces
derniers lançaient leur pétition, ce printemps, la FEPS, elle, lançait un
appel à soutenir l'action des ONG sur le terrain et tentait de favoriser la
reprise du dialogue. «Nous condamnons clairement la violence des deux côtés,
explique le chargé des relations extérieures, Serge Fornerod. Mais nous
estimons que l'occupation israélienne est injustifiée, que les Palestiniens
ont droit à un Etat.» Cette position recoupe celle de la diplomatie
suisse.
Après le Palais fédéral, c'est à l'ambassade d'Israël que se rendront les
promoteurs de la pétition. "Ils avaient souhaité me rencontrer à
l'occasion du Nouvel-An juif, mais j'étais en Israël, déclare l'ambassadeur
Yigal Antebi qui a «de temps en temps» des contacts avec les
milieux évangéliques. Sa réaction à cette manifestation de soutien? «Laissez-moi
d'abord les recevoir.»