« Où
est le problème ? Nous sommes tous
Avec un cynisme tout israélien, la parade de l’Etat hébreu au rapport
onusien n'est donc plus de nier ses crimes (Israël
a depuis longtemps prouvé que le bouclier de la Shoah lui permettait
d’assumer très sereinement son statut d'Etat-boucher), mais de tuer dans
l'œuf toutes velléités occidentales de les juger en proclamant: "Où
est le problème ? Nous sommes tous des assassins !"
L’argument a bien sûr immédiatement porté. Le lendemain mardi, lors
de l’examen dudit rapport à la Commission des Droits de l’Homme, Le secrétaire
d’Etat adjoint pour les droits de l’homme, Michael Posner, a reconnu que
Richard Goldstone était une « personnalité
distinguée », mais précisé aussitôt que son rapport était
« profondément erroné ». Il a expliqué que les Etats-Unis
refusaient de « mettre sur le même
plan moral un Etat démocratique (SIC)
comme Israël qui a le droit de se défendre (SIC) et le Hamas, qui a répondu au retrait d’Israël de Gaza en
terrorisant les civils dans le sud d’Israël ». Chapeau bas,
l’Etat-boucher !
Pour la forme, précisons qu’une résolution doit être adoptée vendredi
pour, au pire, donner six mois aux deux parties (le Hamas est également épinglé dans le rapport pour avoir tiré des
roquettes sur des zones civiles….) pour mener des enquêtes et punir les
crimes commis durant le conflit de janvier dernier (certes…). Toujours très
très, mais alors très très très théoriquement, si aucune mesure n’est
prise par les parties, le dossier pourrait alors être transmis au Conseil de sécurité.
Et là, devinez qui va utiliser son droit de veto pour protéger Israël?
Témoignages israéliens accablants
Ci-dessous, un témoignage recueilli par la Tribune
de Genève auprès de Yehuda Shaul, fondateur
de l’association juive Breaking
the Silence . Une assoc’ à travers laquelle des soldats de l’armée
israélienne dénoncent les crimes commis dans les territoires.
–
Vous affirmez qu’un changement fondamental s’est produit durant la guerre de
Gaza. Lequel?
– Je ne reconnais plus l’armée. Nous avions été formés à préserver la
vie des civils. A ne jamais tirer en cas de doute. Il y avait bien sûr des dérapages
et des abus, nous en avons documenté certains. Mais, à Gaza, c’est tout
autre chose. Une fois les civils avertis (par des tracts ou des coups de fil)
qu’une attaque israélienne était imminente, les soldats devaient attendre
cinq minutes puis considérer qu’il n’y avait que des ennemis sur le champ
de bataille. Bombardés à coups d’obus et de mortiers, abondamment mitraillés,
les bâtiments étaient pris d’assaut par les troupes, lançant parfois des
grenades avant d’entrer...
–
Quelles étaient les consignes?
– Il n’y avait pas vraiment de consignes, mais une mission précise à
accomplir et une priorité absolue: préserver sa propre vie, quitte à tuer des
innocents. Cette guerre serait devenue impopulaire en Israël si l’armée
perdait beaucoup d’hommes. Ce n’était donc pas une volonté d’éliminer
beaucoup de Palestiniens. Mais à l’armée on sait que la meilleure protection
pour un soldat, c’est d’avancer avec une puissance de feu maximale. Le résultat,
ce sont donc des tanks qui lancent des dizaines d’obus. Autrefois, avant
chaque tir, il fallait l’aval d’un commandant! Ajoutez à cela les récits
d’officiers déclarant aux soldats que si Israël n’était pas une démocratie,
ils pourraient mieux faire leur boulot. Ou encore les Palestiniens abattus au
cas où ils auraient été des informateurs du Hamas. Sans parler des zones rasées
alors que les combats avaient cessé depuis longtemps et que les quartiers étaient
abandonnés. Personne ne sait ce qui s’est réellement passé dans la bande de
Gaza.
–
Que voulez-vous dire?
– La société israélienne croit qu’il s’agissait d’attaquer les «méchants»
du Hamas. Cela, personne ne va le leur reprocher. Mais était-ce le véritable
objectif? Il y a eu beaucoup de bombardements, mais relativement peu de combats
face à face. Gaza City n’a même pas été envahie… Les autorités israéliennes
font tout pour discréditer notre travail, mais le public commence à prendre au
sérieux nos témoignages. Et à poser des questions.