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"faut abandonner l'Autorité palestinienne"
Pour Sari Nusseibeh, l'occupant israélien doit assumer seul ses responsabilités.
JÉRUSALEM-EST / VALÉRIE FÉRON (24heures, 14.10.2003)
Pour Sari Nusseibeh, président de l'Université palestinienne al Qods de Jérusalem-est, les Accords d'Oslo sont morts et l'Autorité palestinien a perdu sa raison d'être. Pourtant, il refuse le désespoir. Avec l'Israélien Ami Ayalon, ancien chef du Shin Beth, il a lancé le 25 juin la campagne "People's Voice", destinée à rassembler des centaines de milliers de signatures israéliennes et palestiniennes favorables à la création de deux Etats voisins et souverains (respectant les frontières de 1967), avec leurs capitales à Jérusalem. Interview.
-Pourquoi ces crises régulières au sein de la direction palestinienne?
- Même si nous arrivions à former le meilleur des gouvernements, quel pouvoir pourrait-il exercer? Nous faisons face à une situation d'occupation totale. Il vaudrait mieux s'en passer et revenir directement à l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), qui reste notre principal organe politique et chapeaute l'Autorité. Nous serions ainsi en phase avec la réalité de terrain.
-Vous souhaitez voir disparaître l'Autorité palestinienne, née des Accords d'Oslo?
- Oslo est mort. Et depuis pas mal de temps. C'est la raison de cette situation étrange. Il faut annuler l'Autorité et laisser Israël prendre l'entière responsabilité de ses actes en tant que puissance occupante. Sous le regard de la Communauté Internationale.
-L'initiative suisse peut-elle relancer les négociations? Et qu'en est-il de votre propre texte, lancé avec l'Israélien Ami Ayalon?
- La feuille de route comme je l'ai toujours dit n'a aucune chance de réussir sans être reliée à une "feuille de destination". Le document suisse va dans ce sens, je le soutiens totalement. Mais il faut aussi créer une dynamique politique, de manière à ce que la voix des peuples s'impose à leur leadership respectif. C'est l'objectif de ma campagne. Nous avons recueilli plus de 70000 signatures côté israélien, 40000 côté palestinien où nous avons commencé plus tard. Nous espérons en réunir chacun cent mille d'ici fin décembre... Assez, en tout cas, pour appeler les leaders à négocier une solution juste et réaliste.
-La construction par Israël de la "barrière de sécurité" dénoncé comme "mur de l'apartheid", notamment sur les terres de l'université al Qods, peut elle avoir raison de toute initiative de paix?
- Concernant l'université, grâce à notre campagne de protestation, nous avons réussi à limiter les dégâts. Mais c'est un cas particulier. Ce mur-prison n'offre pas la moindre garantie de sécurité aux Israéliens. Il est construit pour cloîtrer les Palestiniens dans leurs localités, pour diviser les territoires palestiniens. Bientôt, nous ne vivrons que dans 47% de la Cisjordanie et de Gaza. Sous le contrôle ou la supervision du pouvoir israélien. Supposons qu'Israël réussisse à le terminer. Plus de 50% des territoires palestiniens seront utilisés par les Israéliens pour développer l'infrastructure des colonies et leur démographie. Comment concrétiser ensuite la solution des deux Etats? Il ne restera plus, alors, que l'alternative d'un seul Etat avec égalité des droits pour tous, Juifs et Palestiniens: un homme, une voix. Peut-être est-ce la meilleure solution... Qui sait!

«Le mur de l'apartheid
ruine les chances de paix»

Rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l'alimentation, Jean Ziegler, de retour des territoires occupés, accuse la politique sécuritaire d'Israël d'être à l'origine d'une crise humanitaire. Interview exclusive.

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>>Lire le rapport Ziegler (http://www.reseauvoltaire.net/rapport-ziegler.html).

PAR KYRA DUPONT-TROUBETZKOY
(publié le 18 septembre 2003 dans le quotidien suisse 24 heures)

-La situation dans les territoires occupés est-elle catastrophique?
-J'étais en mission du 3 au 13 juillet en Cisjordanie et à Gaza où vivent 3,8 millions de personnes sous occupation israélienne depuis 1967. La situation alimentaire et celle de l'eau est totalement catastrophique: 61% de la population vit au-dessous du minimum vital et 15% des enfants au-dessous de 10 ans sont sous-alimentés. Cela dans un pays biblique qui regorge de richesses agricoles. La raison, c'est l'occupation par l'armée israélienne depuis la deuxième Intifada de septembre 2000. Premièrement, l'armée d'occupation israélienne encercle les villes et les villages des territoires occupés, obligeant les paysans à passer par les checkpoints pour accéder à leurs terres. Ces mesures d'encerclement et le couvre-feu rendent parfois difficile l'agriculture, l'accès aux soins, à l'eau et à la nourriture pour beaucoup de gens. Deuxièmement, l'expropriation des terres arables continue. Il y a toujours de nouvelles colonies de peuplement qui se créent. J'ai vu des milliers d'oliveraies coupées, de vergers dévastés, de bananeraies calcinées par l'armée pour des raisons dites de "sécurité". Troisièmement, la puissance occupante dévie 40% de l'eau des nappes phréatiques de Cisjordanie vers Israël.
-Quelles sont les raisons invoquées par Israël?
-Nos interlocuteurs au Ministère de la défense invoque des raisons de sécurité. Il est vrai que les deux peuples vivent une tragédie effroyable. Les attaques suicide palestiniennes ont coûté la vie à plus de 800 Israéliens, et plus de 2500 Palestiniens sont morts dans des bombardements israéliens. Mais l'argument sécuritaire est fallacieux, car ce qui en résulte, c'est une punition collective. Les colonies sont contraires à l'article 49 de la Convention de Genève: une puissance occupante n'a pas le droit de se saisir des terres pour installer ses propres citoyens. 80% des Palestiniens aujourd'hui, y compris à Jérusalem, sont à l'assistance publique internationale. Le CICR nourrit plus de 50 000 familles tous les jours. Tout ça est une absurdité totale. Je le dis, la puissance occupante viole gravement le droit à l'alimentation des Palestiniens.
-Vous parlez de "Bantoustanisation des territoires"?
-La "feuille de route" prévoit pour 2005 un Etat palestinien dans les territoires occupés. Le gouvernement Sharon rend cela totalement impossible par la construction de ce mur, à l'intérieur de la Cisjordanie, qui annexe à nouveau beaucoup de terres palestiniennes à Israël, qui prive le futur Etat palestinien de frontières internationales, et morcelle le territoire palestinien en cinq zones d'habitations, sur le modèle des bantoustans, et cela sur 40% seulement de la Cisjordanie. Autrement dit, ce mur rend impossible la naissance d'un Etat palestinien. C'est tout à fait tragique car ce mur de l'apartheid, réduisant ces territoires à cinq petits bantoustans, ruine toute chance quelconque de la naissance d'un Etat palestinien, et donc de la paix.
-Vous êtes peu critique à l'égard de l'Autorité palestinienne?
-J'ai entendu souvent des reproches de corruption contre l'Autorité palestinienne mais, dans le rapport, il n'y en a pas trace car elle n'a plus aucun pouvoir. Israël a réoccupé toutes les zones d'autonomie qui ont existé sous l'accord d'Oslo, et Arafat est un prisonnier. Si l'Autorité palestinienne avait du pouvoir, il faudrait appliquer une argumentation très critique à sa gestion.
-Mais on pourrait critiquer le manque de volonté de contenir le Hamas, le Jihad Islamique ou les Brigades des martyrs d'Al-Haqsa?
-Mon mandat est très précis: le respect du droit à l'alimentation solide et liquide. Tout ce qui est au-delà: politique du Hamas, de l'armée israélienne ne me regarde pas. Je constate une catastrophe humanitaire effroyable qui s'aggrave à cause des mesures d'occupation. Je fais des recommandations.
-Quelles solutions?
-La fin de l'occupation. Les solutions sont vraiment dans la "feuille de route". La mission des Nations Unies à Jérusalem, qui l'a rédigée, le dit très exactement: fin de l'occupation, naissance de l'Etat palestinien et coexistence dans la sécurité mutuelle des deux Etats l'un à côté de l'autre. Mais un Etat palestinien sur tout le territoire occupé depuis 1967, pas sur 40%