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Palestine
Editions Le Félin (collection poche)
Ce livre, dont la première édition remonte à février 2001, permet de
comprendre les événements actuels en Palestine et en Israël. Résultat
d'une longue enquête, il tient compte des développements récents de la
question palestinienne. Cet ouvrage est fondé sur de nombreux entretiens
et reportages que l'auteur, journaliste, a effectués principalement à
Nazareth, à Bethléem et à Gaza auprès de la population et particulièrement
de la jeunesse palestinienne. Celle-ci exprime ses espoirs, sa révolte et
parfois son désarroi. Une histoire en direct et une mise en perspective
de l'histoire des cinquante dernières années. A l'occasion de sa sortie
en format poche, une postface actualise l'ouvrage dont le fond n'a pas, hélas,
pris une ride. Disponible chez Amazon.fr |
L'an prochain à Jérusalem?
Vieille
Ville de Jérusalem, 15 mai 2004, Valérie Féron
«Jérusalem ne ressemble à
aucune autre ville sur terre. Elle est sainte pour les trois principales
religions monothéistes(?) » , déclare le site officiel de la
municipalité israélienne de la ville qui affirme aussi qu'elle « est la
capitale de l'Etat d'Israël et du peuple juif », et conclut qu'en un sens
« elle appartient à tout le monde ». Cette description prometteuse
est celle en fait de la « capitale de la Terre Promise » Yérushalaim,
qui a droit en Arabe à son néologisme
« Ourshalaim » (inscrit sur les panneaux routiers). On ne
pourrait la confondre avec celle de
Jérusalem, al Qods en Arabe, qui
ne ressemble certes « à aucune autre ville sur terre », qui est
certes « sainte » pour les trois grandes « religions monothéistes »,
mais qui vit, elle,
au rythme de l'occupation et la colonisation israélienne. Offrons nous
donc un instant de magie dans cette
dernière le temps d'une promenade dans la Vieille Ville.
Jérusalem/Al Qods
Dans cette Jérusalem/Al Qods c'est du Saint Sépulcre que part chaque année vers le monde entier le feu saint annonçant la résurrection du Christ. Pâques a été en cette année 2004 un temps particulièrement fort pour les chrétiens, les différentes Eglises l'ayant célébré en même temps, les dates des différents calendriers coïncidant. Les commerçants palestiniens espéraient un afflux de pèlerins, même en ces temps noirs où la Vieille Ville est désertée par les touristes. On aura surtout eu un afflux de policiers et de soldats israéliens solidement armés, déployés en masse à l'intérieur du Saint Sépulcre, et sur le parvis. Comme tous les ans, les rues qui mènent à la « Knisset el Qyame » (l'Eglise de la Résurrection/Saint Sépulcre) avaient été bloquées, empêchant pendant de longs moments les pèlerins et les Palestiniens chrétiens de la Ville d'y accéder. Sur les toits, là aussi des soldats, en plus des quelque deux cents caméras installées à tous les coins de rues lors de la venue du Pape en l'an 2 000, et que l'on n'a pas jugé utile d'enlever depuis. « Sécurité » disent les Israéliens. Pèlerins ou chrétiens locaux effectueront donc le jour du Vendredi Saint le chemin de croix dans la Via Dolorosa au son des talkies walkies des policiers passant et repassant au milieu des processions au lieu de se tenir uniquement de chaque côté comme le bon sens populaire l'imaginerait en matière de « sécurité ». D'autres, Palestiniens, habitant à deux rues du Saint Sépulcre renonceront bien avant d'être arrivés, les laisser passer octroyés (pourtant écrit en hébreu) laissant généralement de marbre soldats et policiers. Beaucoup, locaux ou étrangers, se feront rabrouer, bousculer et injurier (sans s'en douter s'ils ne comprennent pas l'hébreu) ? dans une ambiance digne de celle aux checkpoints. Le tout avec la phrase magique « Ici c'est nous qui décidons ! ». Cette phrase que même les responsables religieux s'entendent répéter en permanence par la hiérarchie policière. Pour cette Pâques, celle-ci, prenant pour justification les vives querelles notamment entre les orthodoxes et les arméniens avait mis en garde : « nous leur avons dit que nous ne tolérerons pas d'émeutes a déclaré le porte-parole de la police Shmoel Ben-Ruby, cité par le quotidien Haaretz. S'ils ne parviennent pas à un accord, il n'y aura pas de cérémonie, ou juste une petite »? ! la Pâques chrétienne risque t-elle donc un jour ou l'autre d'être sacrifiée sur l'autel sécuritaire israélien ?
Dans le même temps, tous les vendredis, les fidèles musulmans tentent de venir prier à Al Aqsa. La plupart du temps seuls les hommes âgés de plus de quarante ans y sont autorisés et les femmes. La Vieille Ville est de nouveau quadrillée par l'armée et la police qui décident de qui passe et qui ne passe pas. La tension peut monter à chaque instant mais la plupart du temps les fidèles se contiennent face aux provocations. Ceux qui sont refoulés attendent l'heure de la prière diffusée par hauts- parleurs dans les ruelles intérieures ou les axes routiers extérieures. On voit alors des dizaines de jeunes Palestiniens le nez sur le goudron, dans les bottes des Israéliens ou des sabots de leurs chevaux (la police montée étant généralement également présente), effectuer leur prière? en toute sécurité !
Ces scènes, seuls un petit nombre des chrétiens et des musulmans Palestiniens ont « la chance » d'y assister. La grande majorité d'entre eux sont bloqués, bien avant d'atteindre leurs lieux de cultes, aux chekpoints placés aux entrées et sorties des localités qu'ils habitent. La liberté de culte s'arrête donc là où commence la « sécurité » de l'Etat d'Israël ?
Yérushalaim .
Tous les ans à la fin du mois de mai, les Israéliens fêtent Yom Yérushalaim (le Jour de Jérusalem) sensé célébrer « la réunification » depuis la guerre de 1967 de la Ville sous leur autorité. C'est l'occasion pour des centaines d'entre eux de littéralement prendre d'assaut la partie occupée de la Ville Sainte jusqu'au Mur des lamentations sous la protection de l'armée. Chacun assiste à un déferlement en danse et en chanson à l'intérieur de la Vieille Ville où se précipite de toutes les portes une foule compacte, en majorité des colons. Un flot ininterrompu pendant deux à trois heures jusqu'au Kotel (le Mur des Lamentations) où l'on a dressé un immense podium musical qui empêchera les habitants de la vieille ville de dormir une bonne partie de la nuit. A l'intérieur des murs, dans les ruelles commerçantes, on n'entend plus qu'un bruit de portes de magasins qui se ferment précipitamment les unes après les autres. Les Palestiniens de la Vieille Ville savent ce qui les attend et ne veulent pas prendre de risques. Le climat ressemble soudain à celui qui prévaut quotidiennement dans la Vieille ville de Hébron. Porte de Damas, une poignée d'entre eux, vieillards, femmes et quelques jeunes assistent en famille au « spectacle « qui manque cruellement de la présence de caméras. De 15 à 40 ans c'est une foule qui hurle en l'honneur de « Am Israël ! » (Peuple d'Israël) sous l'oeil des soldats dont l'attitude n'a rien à voir avec celle d'un policier parisien chargé du maintien de l'ordre. Les groupes s'arrêtent en bas des marches le temps d'entamer des chants plus proches des rituels guerriers que des ritournelles amoureuses ou des incantations religieuses. On fait face aux Palestiniens relégués sur le bas côté. Quand un jeune bouscule, difficile de lui rappeler qu'on existe, sans se faire agresser ou qu'un soldat ordonne de reculer? pas aux Israéliens bien entendu? qui narguent pendant de longues minutes les Palestiniens présents. On brandit sous leur nez d'immenses drapeaux frappés de la croix de David, en faisant clairement éclater son refus des « Arabes » et d'un état palestinien. Pas de crainte sécuritaire cette fois pour les forces de l'ordre qui prennent soin de laisser leurs concitoyens juifs israéliens libres de tout mouvement?
A ceux qui auront trouvé cette balade dans Jérusalem/al Qods quelque peu déprimante, ce que je conçois bien volontiers, ils peuvent toujours tenter d'en faire une autre, virtuelle, dans « la capitale » de la Terre promise?
Quant à ceux qui sont tentés par l'expérience du réel, rendez vous l'année prochaine à Jérusalem/Al Qods ? enfin? si Israël veut ! V. F.
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50 ans de Nakba journalistique
au Proche-Orient.
A quand l'Intifada médiatique?
Dans les coulisses journalistiques, on entend souvent: «j'en ai marre du Proche
Orient». Non pas que le sujet ne passionne pas, mais il semble tellement répétitif
que les correspondants sur place pourraient pratiquement reprendre, au fil des
ans, leurs articles précédents en les classant en deux dossiers: les faits et
«le diplo». Sans changer grand chose si ce n'est le nombre de colonies installées
et celui des oliviers détruits dans les territoires palestiniens, tout en
gardant, côté diplomatie, à peu près les mêmes déclarations, les mêmes
promesses, les mêmes déceptions en changeant simplement les noms des présidents
et gouvernements qui se penchent sur la question.
Bien sûr certains médias tentent de changer un peu les choses, donnant au
mieux dans le «tous coupables», ou au pire en exhumant la vieille rengaine du
«Israël veut la paix et les Palestiniens jeter les Juifs à la mer». Entre
les deux, on égrène les «souffrances» du peuple palestinien dont on ne sait
pas très bien les causes, en se cachant derrière le dogme bien commode d'un
Proche Orient «compliqué». Position d'autant plus confortable qu'elle évite
de reconnaître les ignorances et lâchetés qui empêchent de faire face
efficacement aux pressions qui ne manquent pas de surgir dès que l'on tente de
parler d'Israël comme de n'importe quel autre Etat. Pourtant, la liberté de la
presse «ne s'usant que si l'on ne s'en sert pas», que faire d'autre, ne
serait-ce que pour conserver un tant soi peu d'estime de son travail?
Une tout autre réalité
Alors tentons. Jeune journaliste, en lisant livre sur livre dont les «politiquement
incorrects» en occident, je me suis sentie choquée des silences notamment sur
la fameuse «Nakba». 55 ans plus tard, ceux qui «osent» en parler reprennent
généralement les propos édulcorés des agences de presse plus occidentales
qu'internationales, qui se contentent d'un laconique «les Palestiniens qui ont
fui les combats lors de la guerre entre Israël et les pays arabes».
Or, les faits, démontrés par maints historiens, parlent d'une tout autre réalité:
la plupart des Palestiniens ont «quitté» leur foyer entre la fin 1947, dans
la foulée du vote sur la partition de la Palestine, et le 15 mai 1948, avant
l'entrée dans le pays des armées arabes. C'est pendant cette période que les
forces sionistes ont mené leurs principales offensives, la plupart non dans le
territoire que leur octroyait les Nations Unies, mais dans celui réservé en théorie
aux Arabes palestiniens.
Selon un rapport des services de renseignement de l'armée israélienne, daté
du 30 juin 1948, quelque 390'000 Palestiniens seront chassés de chez eux
pendant cette première période. Le rapport précise qu'«au moins 55% du
total de l'exode ont été causés par nos opérations», et que les opérations
des dissidents de l'Irgoun, du Lehi ou du Stern «ont directement causé
environ 15 % de l'émigration». Quant aux fameuses exhortations à la fuite
qu'auraient diffusées les radios arabes, rien de tel à l'écoute de leurs
programmes, ce qui démontre qu'elles ont été purement et simplement inventées
par la propagande israélienne.
Confirmations israéliennes
Et pour terminer ce résumé succinct, signalons les propos de Yosef Weitz,
directeur du département foncier du Fonds national juif qui, dans son Journal,
à la date du 20 décembre 1940, huit ans avant la Nakba notait: «Il doit être
clair qu'il n'y a pas de place pour deux peuples dans ce pays (...) , et
la seule solution, c'est la Terre d'Israël, au moins la partie occidentale de
la Terre d'Israël, sans Arabes. Il n'y a pas de compromis possible sur ce
point! (...) Il n'y a pas d'autre moyen que de transférer les Arabes
d'ici vers les pays voisins. (...) Pas un village ne doit rester, pas une
tribu bédouine.» Tout tend, dans les archives, à montrer qu'il s'agissait
bien, comme l'affirmaient dès le départ des historiens palestiniens et arabes,
d'un plan politico-militaire d'expulsion jalonné de nombreux massacres, (Walid
Khalidi, «Plan Dalet: Master Plan for the Conquest of Palestine» , et Elias
Sanbar, dans Palestine 1948. L'expulsion), causant l'expulsion de deux
tiers du peuple palestinien (entre 750'000 et 900'000 personnes).
Mieux vaut tard que jamais, il faudra une trentaine d'années pour que leurs thèses
soient timidement entendues grâce aux travaux entrepris par une nouvelle génération
d'historiens israéliens (Simha Flapan, Tom Segev, Avi Schlaïm, Ilan Pappé et
Benny Morris) confirmant en partie ou totalement leurs dires avec à l'appui,
les archives israéliennes, publiques et privées. Sans compter les témoignages
des victimes palestiniennes elles-mêmes qui, à moins d'être pris pour les
divagations de centaines de milliers de spécialistes du mensonge collectif, ne
peuvent être occultés. Mais c'est bien pourtant ce que font depuis 55 ans un
grand nombre de journalistes. Pas étonnant dans ce cas que le conflit semble
tourner en rond, un peu comme les dépêches de nos vénérées agences. 30 ans
pour que l'info passe de spécialistes à spécialistes, combien pour que le
journaliste la passe enfin aux citoyens, alors que le problème des réfugiés
reste un sujet brûlant de ce «conflit»?
Je n'ose prendre le risque de répondre en ces temps «d'axe du Bien et d'axe du
Mal», résidant moi-même sur une ligne rouge nommée Jérusalem-est, occupée.
Benny Morris, «ancien nouvel historien » qui avait déclenché le premier
scandale en Israël sur la Nakba, a rallié le camp de ceux qui prône le
transfert des Palestiniens et se défend, comme l'affirment certains, «d'avoir
subi une lobotomisation du cerveau».
Le monde marche sur la tête
L'échec de Camp David 2000 reste imputé aux Palestiniens alors même que de
nombreux responsables, dont des américains présents, ont, par la suite, démontré
le contraire. Ariel Sharon est déclaré «homme de paix» par un Bush fils qui
«menace» désormais de «démocratie» ses ennemis.
Ceux qui ont des armes de destructions massives, qui ont déjà utilisé la
bombe atomique, et qui disposent d'un potentiel chimique et nucléaire avéré
sont «l'axe du bien». Comme certains de ceux (parfois les mêmes) qui ne
respectent pas les résolutions des Nations Unies et refusent de signer des
Accords Internationaux sur le désarmement, l'environnement, tout en prétendant
obliger les autres (ceux de l'axe du mal ou risquant d'en faire partie tôt ou
tard par simple décret américain) à les respecter.
En attendant je deviens paranoïaque: l'info-intox, souvent par omission
perverse plus que par mensonge pur, est- elle le terrain du Proche-Orient ou un
phénomène généralisé? Je n'ose plus m'informer, malgré tout le respect
sincère que j'ai pour eux, grâce à mes consoeurs et confrères, sur le reste
du monde...
Pas étonnant que la presse soit tombée en disgrâce auprès des citoyens. Eux
aussi en ont marre. Il paraît que l'on a la démocratie que l'on mérite. Peut
-être a-t-on aussi les journalistes que l'on mérite?
15 mai 2003,
Jérusalem-est / Valérie Féron