Gooooooooood Morning Yémen ! 04/01/2010 Cette fois ça y est. BHO a été totalement digéré par le système. Embedded donc, l’american-Gorbatchev. Il aura suffit d’un attentat manqué, mais labellisé Al-Qaïda, pour l’aider à vaincre ses dernières réticences. De la bel ouvrage donc, convenons-en. L’esprit de fronde prêté au rutilant président étasunien se sera donc réduit aux inoffensives bonnes intentions prêchées dans ses discours, une « liberté » de ton symbolisant en quelque sorte son enfance à la Maison-Blanche. Mais là, après avoir soufflé sa première bougie, on ne joue plus. On rentre dans le rang. Embedded, Mr President, please !
Le voilà donc désormais en digne fils spirituel de l’inénarrable Doobleyou (en plus glamour certes), pour nous resservir une version toujours exotique de l’incontournable War on Terror.
Et le prix Nobel de la paix 2009 de nous envoyer d’abord 30'000 GI de plus en Afghanistan pour casser du turban puis, dans la foulée, de nous désigner le nouveau sanctuaire du mal absolu, un Devil Axis à lui tout seul : l’épouvantable Yémen. Un Yémen bien sûr immédiatement bombardé avec le feu vert obamien. Il faut dire que le nouveau slogan élaboré dans les Think Tank du système a de la gueule : «Iraq was yesterday's war. Afghanistan is today's war. If you don't act pre-emptively Yemen will be tomorrow's war.» Comme on dit aujourd’hui : ça le fait ! Bref, tout rentre dans l’ordre au pays de l’Oncle Sam qui envisagerait même une petite guéguerre sur ce « nouveau » front.
Ah, que ces attentats ou tentatives d’attentats ont du bon ! Ça remet les choses en place. Ça clarifie les positions et les orientations, les marges de manœuvre, ça aide à la décision, ça permet de rectifier le cap, ça remet la mosquée au milieu du bled quoi…  (Au fait, vous allez rire, mais il paraît que si la CIA s’est encore plantée, alors qu’elle avait le nom et le pédigrée de l’apprenti-terroriste, c’est parce que le Renseignement américain est noyé sous les renseignements justement, et n’arrive plus à suivre…(SIC).
Décidément, ça sent le réchauffé tout ça.
Au final, une apparente victoire du système en faveur de son cœur battant : le Complexe militaro-industriel (CMI) et son antenne gouvernementale, le Pentagone *.
Le piège des néocons s’est ainsi refermé sur un BHO qui leur tiendra donc la chandelle pour ce qui lui reste à tenir. Présidence d’opérette donc, mais glamour au moins (on a quand même échappé à Mc Caine !).
Les Etats-Unis vont ainsi continuer à simuler l’hyper-puissance par ce micro-militarisme théâtral qui fait les délices des fabricants de jeux vidéos, affrontant des armées virtuelles de terroristes, et une poignée de vrais tarés, s’ingéniant à sauter d’un sanctuaire à l’autre.
A ce stade, ouvrons une petite parenthèse pour noter que si la nébuleuse Al-Qaïda existait vraiment en tant que réseau structuré et doté d’un centre de commandement, alors il faudrait vraiment lui attribuer la palme du génie stratégique pour savoir attirer les GI dans le moindre des pièges tendus. Et fermons immédiatement cette parenthèse en disant qu’en réalité Al-Qaïda n’a même pas besoin d’exister vraiment pour tenir pleinement son rôle. Ce réseau diabolique, somme de toutes les peurs occidentales, est en fait partie intégrante de la réalité virtuelle du système. Une construction dont il importe seulement qu’on y croie. Avec, au bout du processus, la parabole ultime d’une paranoïa ultime incarnée par un système qui s’épuise en se battant contre ses propres fantasmes. Contre lui-même en somme, seul adversaire à sa taille…
Des raisons d’espérer en ce début 2010? Eh bien toujours la même que diable ! Qui veut que la victoire du système conduise à l’effondrement du système.
Autrement dit, le souhait du Che de voir se créer cent Vietnam est en passe de se réaliser, et devrait à terme atteindre le but escompté, à savoir mettre définitivement à genoux une hyper-puissance succombant à une indigestion d’elle-même.
Jamais le Che n’aurait pu imaginer que Washington réussirait là où il a échoué.
Gooooooooood Morning Yemen !
* Eisenhower ne croyait pas si bien dire lorsque, dans son célèbre discours de fin de mandat, il avait mis en garde les États-Unis contre le CMI : « Cette conjonction entre un immense establishment militaire et une importante industrie privée de l’armement, avait-il déclaré, est une nouveauté dans l’histoire américaine. (...) Nous devons nous prémunir contre l’influence illégitime que le complexe militaro-industriel tente d’acquérir, ouvertement ou de manière cachée. La possibilité existe, et elle persistera, que cette influence connaisse un accroissement injustifié, dans des proportions désastreuses et échappant au contrôle des citoyens. » Et échappant au contrôle des politiques aurait-il dû ajouter.